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La direction régionale des affaires culturelles de Basse-Normandie a souhaité commencer à dresser un état des lieux de l'accessibilité des équipements culturels en région pour répondre aux objectifs de la «loi handicap», mais aussi et peut-être surtout aux défis et aux enjeux de l'accueil du public. En mettant l'accent sur les musées, et principalement les musées de France, l'enquête, dont vous trouverez ci-après les conclusions, a mis en lumière les efforts entrepris et ceux qui restent à entreprendre dans la conquête des publics, leur fidélisation et leur participation à la vie culturelle.
L'accessibilité est un processus qui met en mouvement l'accueil et la médiation humaine et suppose une communication appropriée. Cette recherche d'accessibilité est accompagnée par un travail sur le musée lui-même considéré dans son environnement et par une adaptation de l'offre culturelle aux différents publics.
En effet, la problématique de l'accueil des publics handicapés doit se concevoir dans une «démarche qualité» d'accueil de tous les publics. La réflexion - et l'action ensuite – ne peut que profiter à l'ensemble des visiteurs, par essence divers et hétérogènes.
Les objectifs de la «loi handicap» et de la «loi musées de France» sont complémentaires, car ils visent à permettre la mise en œuvre des conditions de confort, de sécurité et de plaisir propres à séduire le plus grand nombre de visiteurs. Puisse cette enquête contribuer à une approche multisensorielle de la visite des musées de Basse-Normandie.
Christian Leyrit
Préfet de la région Basse-Normandie
Préfet du Calvados
En réponse à la demande de l'administration centrale du ministère de la Culture et de la Communication de réaliser l'état des lieux de l'accessibilité des équipements culturels en région, la direction régionale des affaires culturelles de Basse-Normandie a entrepris un travail d'observation portant dans un premier temps sur les musées notamment pour éclairer la thématique retenue au plan national pour les Journées européennes du patrimoine 2009.
Cette étude constitue un outil de connaissance et d'analyse des pratiques et des projets d'accueil des publics dans les musées. Elle a pour enjeu d'éclairer une réalité des équipements culturels de notre région.
Loi n° 2005-102 du 11 février 2005-Article L 114 du Code de la construction et de l'habitation :
« Constitue un handicap au sens de la présente loi toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidants».
Le travail mené auprès des musées a montré qu'un premier obstacle réside dans la représentation du handicap et des publics qu'il désigne. Trop souvent ne sont identifiées sous l'appellation « public handicapé » que les personnes à mobilité réduite. Le handicap recouvre pourtant des situations variées qu'il convient de rappeler.
La loi de février 2005 distingue en effet de façon exhaustive :
le handicap moteur qui concerne près de 8 millions de personnes en France. Il recouvre des déficiences très différentes, occasionnelles ou durables, telles la paralysie, l'hémiplégie, l'amputation, la myopathie ...
le handicap visuel qui désigne les personnes mal voyantes dont l'acuité visuelle est inférieure à 3/10 et les personnes aveugles (dont l'acuité est inférieure à 1/20 après correction). On dénombre 3,5 millions de personnes dans cette situation en France.
le handicap auditif qui correspond à un état pathologique caractérisé par une perte partielle ou totale de l'ouïe. Cinq millions de personnes sont concernées en France.
le handicap mental qui désigne 1,6 million de personnes souffrant d'une ou plusieurs déficiences intellectuelles, dyslexie, autisme, trisomie ... Il peut s'accompagner de troubles dits secondaires touchant le langage, la motricité ou la communication, voire de troubles du psychisme ou du comportement.
NB : cette loi invite également à prendre en compte une diversité de situations relevant du polyhandicap, associant chez les personnes âgées, dont la proportion ne cesse de croître, divers troubles invalidants.
L'ensemble de ces définitions permet d'attirer l'attention sur des situations de handicap moins visibles que le handicap moteur.
Ce dernier demeure le mieux repéré et pris en compte au détriment de l'attention pour d'autres publics pour lesquels tout reste à faire. En France, l'enquête « Handicap Incapacité Dépendance » de 2001 publiée par l'INSEE donne une approche du nombre de personnes concernées par le handicap pris au sens large : environ 19 millions (1 français / 3).
En 2003, le rapport de la Cour des comptes intitulé « La vie du Handicap », estime le nombre de personnes handicapées à plus de 23 millions (selon les situations prises en compte).
Quelle que soit la méthode de recensement choisie, le résultat montre que le handicap recouvre une part non marginale de la population, en croissante évolution dans une société vieillissante.
L'enquête situe la question de l'accueil des publics handicapés au cœur de la politique du musée à l'égard de ses publics. Elle montre que les contraintes imposées par la loi de 11 février 2005 font écho au cahier des charges contenu dans la loi du 4 janvier 2002 sur les musées de France.
La loi traitant de l'accessibilité tant au plan matériel et technique qu'au plan de la transmission des connaissances et des pratiques artistiques interroge le projet scientifique et culturel du musée. La prise en compte des publics handicapés ne se limite donc pas à leur prise en charge au plan matériel ou physique. Elle appelle l'attention sur les conditions à mettre en œuvre par le musée pour transmettre les savoirs ou les œuvres. A ce titre, toute l'activité du musée est concernée et observée en ses différentes fonctions, que ce soit la muséographie, la communication, la formation, la médiation, ou l'accueil.
L'accessibilité d'un lieu est certes déterminée par le bâti mais également par la politique culturelle du musée. La loi du 4 janvier 2002 place le public au cœur du projet scientifique et culturel du musée.
Titre 1, article L 410-1 du Code du patrimoine « Est considéré comme musée, au sens du présent livre, toute collection permanente composée de biens dont la conservation et la présentation revêtent un intérêt public et organisée en vue de la connaissance, de l'éducation et du plaisir du public ».
La seconde mission sur les quatre attribuées aux musées de France est de « rendre leurs collections accessibles au public le plus large ». L'adaptation revêt un enjeu double pour les musées, élargir leur public et développer une offre culturelle de qualité.
L'étude a pour but d'analyser, après les avoir identifiés, les facteurs ou les obstacles qui encouragent ou freinent la démarche vers l'accessibilité. Il s'agit de mobiliser les responsables d'équipements sur la thématique de l'action à destination des publics empêchés en référence à la politique prioritaire de l'État en faveur de la démocratisation culturelle.
La démarche retenue a privilégié deux outils, l'enquête et l'entretien.
Cet entretien peut avoir lieu avec un élu, un conservateur, un personnel administratif, d'accueil, un représentant des services techniques de la collectivité.
L'état des lieux est effectué à partir d'un échantillon qui comprend 42 sites observés soit 45% d'un total de 85 musées identifiés dans la région.
La sélection retenue représente 30% des musées de l'Orne (4 visites/13 sites) et de la Manche (14 visites/36 sites) ainsi que 61% des équipements du Calvados (24 visites/36 sites).
Cet échantillon recouvre 67% des 50 musées de France présents en Basse-Normandie. Parmi les 42 sites visités, 32 appartiennent au Réseau des musées de Basse-Normandie.
La bonne représentativité quantitative et qualitative est à nuancer au plan territorial au vu du faible nombre de visites effectuées dans l'Orne. Cela ne constitue pas pour autant un obstacle à l'analyse, mais relativise l'intérêt de la comparaison des résultats de l'étude à l'échelon départemental.
L'échantillon est en revanche complétement pertinent sur le plan juridique, puisqu'il comporte 2 sites privés, 2 sites départementaux et 38 sites municipaux, proportion représentative de l'ensemble des musées de la région.
L'ensemble choisi respecte également la répartition existante entre les équipements de grande taille et ceux, plus nombreux, de petite ou moyenne taille.
Le premier article de la charte d'accueil des personnes handicapées dans les établissements culturels invite à prendre en compte les besoins des publics pour accéder aux bâtiments et aux services proposés. Se garer, entrer, se déplacer, parcourir, utiliser un service sont les actions logiques du déplacement sur un site culturel pour chacune desquelles il faut vérifier qu'un confort est apporté aux personnes souffrant d'une incapacité totale ou partielle.
Entrée principale peu visible
Place de stationnement mal adaptée
Une porte d'entrée aux parois vitrées adaptée
Cette action implique une prise en compte des abords du site. Quarante-cinq pour cent seulement des musées disposent de places réservées identifiées et correctement normées lorsqu'il existe un parking pour stationner à proximité du lieu. Le dépose minute à l'entrée du bâtiment est souvent réputé possible et facile à mettre en œuvre dans 60% des musées visités.
Pour autant, il n'est pas en vigueur ni ne fait l'objet d'une information à l'attention des publics potentiels.
Un emplacement pour véhicule adapté
Place de stationnement correctement adaptée
Ce traitement des abords d'un site semble souvent échapper aux responsables des équipements, notamment dans les sites urbains. Dans les grandes villes, l'accessibilité interroge les compétences et services techniques de la collectivité qui ne sont pas ceux auxquels sont rattachés les musées. Peu de responsables de musées sont en lien direct avec le référent handicap de leur collectivité.
Seuil trop élevé à l'entrée du musée
Seuil inadapté à l'entrée du musée
Dans 75% des musées rencontrés, il existe des obstacles à l'entrée et rares sont les aménagements spécifiques même dans les situations les plus criantes.
Des exemples de correction des obstacles sur le cheminement
Il est à noter que les sites les plus récents ne sont pas forcément mieux lotis. Cela s'explique par le fait que le stationnement est réglé par des services municipaux qui ont peu de contact direct avec le musée. La signalétique pour guider le cheminement du parking au site est le plus souvent un point faible qui s'ajoute aux obstacles. Ce constat permet de deviner l'effet dissuasif des abords qui a pour conséquence le faible nombre de visiteurs handicapés rencontrés au musée.
Des obstacles isolés à contourner
Les obstacles (en dehors de ceux rencontrés dans certains bâtiments anciens et classés) pourraient parfois être facilement surmontés quand il s'agit de seuils trop élevés, de ruptures de niveau, de dalles disjointes, d'une porte trop lourde à pousser. En revanche, l'obstacle est plus difficile à lever quand il s'agit d'une forte pente, d'un revêtement impraticable, d'une porte infranchissable ou d'un cumul d'obstacles comme c'est le cas aux musées de Lisieux et du Fort du Roule de Cherbourg.
Seuls 5 musées sur 42 ne présentent pas d'obstacle à l'entrée du site.
Entrée principale inaccessible
Rares sont les établissements de plain-pied. Seuls 6 musées sur 42 offrent l'accessibilité totale (sans l'aide d'un accompagnateur) à tous les niveaux du site. Ailleurs des difficultés ont été repérées pour accéder aux étages pour les fauteuils roulants mais également pour les personnes mal marchantes.
Cheminement lisible
Des marches aisées à franchir
Le nombre insuffisant de points de repos, sièges ou fauteuils, fixes ou mobiles dans la moitié des équipements ne facilite pas la découverte des collections. De plus, le visiteur peut rarement s'appuyer sur un plan du site ou une signalétique adaptée pour se repérer dans l'enceinte du musée, voire définir lorsque cela est possible son propre parcours.
Un escalier adapté
En outre les plans existants ne proposent pas de solutions adaptées au déplacement des personnes handicapées
L'accessibilité aux services vise à satisfaire les besoins du public qui concernent aussi bien l'approfondissement des connaissances (salle pédagogique, salle vidéo ou de conférence, borne interactive, boutique) que les besoins physiologiques (sanitaires, cafétéria).
Zone d'accueil non accessible
Soixante-dix pour cent des sites disposent d'une zone d'accueil et d'une boutique, souvent au même emplacement et rarement accessibles pour les fauteuils.
Un guichet abaissé et une partie de guichet surbaissée
Le mobilier, vétuste ou inadapté, n'offre pas l'espace nécessaire ni la hauteur adéquate pour accueillir une personne assise en fauteuil ou un enfant.
Seuls 20 musées sur 42 disposent d'une salle pédagogique dont 11 sont accessibles aux personnes à mobilité réduite. Quinze salles de projection sur les 22 sites qui en sont équipés sont accessibles. De conception souvent plus récente, ajoutées à l'équipement initial, les salles pédagogiques posent moins de problème, y compris dans des lieux complexes.
En revanche, les sanitaires présents sur 38 sites sur 42, sont aux deux tiers inadaptés pour les personnes handicapées. Parfois une intention de les aménager est visible, mais la réalisation est inopérante : elle ne respecte pas les mesures ou le schéma recommandés (hauteur de la cuvette, position de la poignée, du WC, ...).
WC aux normes
WC non correctement adaptés
Des toilettes adaptées
Le traitement des abords constitue un frein majeur. C'est un obstacle dissuasif pour le public qui peut faire échouer la stratégie de médiation développée par ailleurs dans l'enceinte de l'établissement. La difficulté d'accès permet d'expliquer la faible fréquentation du public à mobilité réduite et plus généralement des personnes handicapées. On ne se rend pas par hasard dans un musée lorsqu'on est dans ces situations.
Le cumul d'obstacles à l'entrée et à l'intérieur du musée peut également décourager le visiteur et lui rendre la visite pénible.
Dans 27% des cas l'offre culturelle n'est pas adaptée aux publics handicapés notamment moteurs, visuels ou mentaux.
Une majorité d'équipements témoigne d'une scénographie datée ou tout simplement absente, d'une signalétique hétérogène, d'une information principalement basée sur le texte, le tout formant une présentation qui n'a pas évolué, voire désuète.
Les cartels font obstacle à l'appropriation des connaissances par leur manque de lisibilité à cause d'une police et d'une taille de caractères non conformes aux recommandations, de l'absence de lien logique et symbolique entre l'objet désigné et le cartel (numérotation, photo), ou par leur manque de visibilité dû à un mauvais positionnement dans la vitrine (trop haut ou trop bas) ou une inclinaison trop prononcée.
Maquette adaptée
Les informations complémentaires aux cartels sont souvent inopérantes pour des raisons identiques : recours presque exclusif au texte pour présenter les objets, manque d'aération des contenus informatifs, mauvais positionnement des panneaux et bandeaux, tailles et polices de caractères inadéquates. La signalétique utilisée dans la présentation pose également problème.
Une information lisible et visible par tous
Un juste équilibre est à trouver entre une scénographie stylisée ou adaptée. Sans renoncer à l'image ou à l'ambiance à laquelle concourent les choix de présentation, de coloris, de matière, d'éclairage et de disposition, il faut encourager l'appropriation des connaissances et favoriser le plaisir de la découverte pour tous.
Cartel non adapté
Cartel non adapté
Parfois la primauté de l'esthétique vient nuire à la lisibilité ou apporte des obstacles supplémentaires. S'y ajoutent les problèmes récurrents d'éclairage. Les vitrines de présentation des collections, choisies pour des raisons légitimes de conservation, engendrent des reflets ou des éblouissements importants qui pourraient être atténués parfois par un simple réglage.
Le recours à des aides ou à des supports techniques est en usage dans un peu moins de 10% des sites. Qui plus est, l'existence d'outils est parfois le fruit d'une expérience ponctuelle comme la participation à une opération régionale spécifique (Les Buissonnières), du hasard (initiative de la mairie), d'un essai isolé (accueil d'un stagiaire). Il fait rarement l'objet d'une inscription dans le projet de la structure à destination des publics.
Les outils observés sont :
A noter
Le sous-titrage en français des films proposés dans les espaces vidéo des musées, qui offre une solution pertinente pour les déficients auditifs, est très largement absent.
Parfois des livrets ont été conçus pour accompagner la visite mais ils ne sont pas spécifiquement adaptés. Ils pourraient l'être sans engagement financier lourd, même si le manque de personnel dédié à la médiation complique leur réalisation. Il est aussi souvent rapporté que les supports techniques sont rarement demandés par les visiteurs. Il est vrai que leur promotion demeure insuffisante dans les supports de communication ou dans l'information donnée à l'accueil.
L'échantillon comprend 32 musées de France, dont seulement 10 sont dotés d'un service des publics conformément à la loi de janvier 2002.
La composition du service des publics est variable et dépend de la taille de l'équipement. Dans la plupart des sites pourvus d'un service des publics une personne est spécifiquement en charge de ce dossier. A contrario, dans les 23 musées sans professionnels spécialistes de la médiation, l'offre culturelle ne comporte ni visites ni ateliers adaptés.
Les propositions spécifiques restent rares, elles ne couvrent que 8 musées sur 42, dont 6 musées de France dotés d'un service public.
Lorsque la médiation est adaptée, elle est ciblée sur un type de handicap et s'appuie sur un personnel impliqué et formé. Une aide peut être présente lorsque l'action est ponctuelle ou programmée spécifiquement dans le cadre d'une opération comme Les Buissonnières ou les Journées européennes du patrimoine (JEP).
La mixité est affirmée le plus souvent comme principe et il n'est pas envisagé de séparer les publics sauf dans le cas d'une demande particulière comme celle d'un établissement spécialisé désireux de travailler avec un groupe pré constitué de handicapés.
Dans le cas d'accueil d'un groupe, la présence et l'appui d'un personnel formé (éducateur spécialisé et enseignant) sont un facteur facilitant et rassurant, et sont appréciés comme tels. Cette offre de médiation ne fait l'objet d'aucune formalisation ou évaluation. Elle ne fait que rarement l'objet d'une communication sauf lorsque celle-ci est prévue et réalisée par un opérateur extérieur.
Les liens avec le milieu hospitalier sont peu développés alors que 44 établissements de santé présents sur le territoire régional sont membres du réseau Culture à l'hôpital et construisent des partenariats de proximité diversifiés. Le dispositif est bien identifié par les musées mais le contact avec le référent culturel de l'hôpital a rarement été recherché ou établi.
De nombreux liens et partenariats ont été en revanche établis avec le milieu scolaire. Toutefois, le retrait ou la diminution de la présence des enseignants mis à disposition dans les « services éducatifs » des musées vient fragiliser des liens restés précaires et peu formalisés, notamment par des conventions.
Dans le cas du retrait des moyens accordés par l'Éducation nationale, les liens redeviennent ponctuels et, dans le meilleur des cas, périodiques. L'expérimentation dans ce secteur est peu souvent reprise et développée à destination des autres publics, faute de personnels ou de stratégie en matière de développement culturel. Là où il n'y a pas présence d'enseignants, le lien avec le milieu scolaire existe dans une relation identifiée et régulière mais qui ne fait pas l'objet d'un suivi, d'une recherche et d'une évaluation partagée. Le service est rendu avec une attention particulière mais sans plus. Des livrets pour accompagner la visite sont parfois réalisés pour répondre à la demande des enseignants et favoriser leur autonomie lors de leur visite (Vieux-la-Romaine, Moulin de Marcy). Un musée fait exception et ne considère pas le public scolaire comme prioritaire pour le musée (Cerisy-la-forêt).
Dans de nombreux sites, la rédaction du projet scientifique et culturel est en cours. L'attention est portée en priorité sur les problématiques de conservation, de récolement et de numérisation. L'absence de personnel dédié à la médiation est un frein majeur à la mise en œuvre d'une action en faveur des publics handicapés.
L'aménagement du cadre bâti et la constitution d'une offre de médiation culturelle n'a pas pour conséquence immédiate la fréquentation assidue ou nombreuse des publics handicapés. La stratégie doit être également incitative, reposant sur la capacité de la structure à communiquer et à promouvoir efficacement son activité.
La communication interne consiste en premier lieu en une bonne circulation de l'information auprès des différents personnels en vue de sensibiliser et de développer l'expérience commune. Il faut en second lieu identifier une personne ressource vers laquelle on peut rediriger une information et auprès de laquelle obtenir une donnée. Cinq musées seulement ont un référent handicap et disposent d'une documentation sur cette thématique.
Le référent est l'administrateur, ou plus rarement un personnel de médiation ou technique. Les musées qui ont un référent ne sont pas forcément ceux qui ont une information et l'entretien montre qu'en dépit de ces atouts la communication ne renvoie pas à une stratégie en interne qui favorise la circulation des informations, les échanges ou la sensibilisation des personnels.
En l'absence de personne référente, la communication dépend du personnel occasionnel (étudiants, saisonniers) ce qui le rend plus fragile.
La mise en oeuvre d'une communication externe devrait avoir pour objectif la promotion d'une offre spécifique auprès des publics visés mais aussi des organismes en lien régulier avec ces publics. À terme, ce type de communication doit tendre vers un élargissement du public du musée et engager des relations utiles avec les représentants des handicapés. Cette démarche est quasi inexistante. Cinq musées déclarent détenir un répertoire ou un annuaire concernant le milieu spécifique du handicap.
Il s'agit le plus souvent d'une démarche embryonnaire, qui n'est pas intégrée à une politique de communication globale. Dans certains cas, l'offre fait l'objet d'une communication ponctuelle s'appuyant sur un opérateur externe comme la Région dans le cadre de l'opération Les Buissonnières.
Il n'existe pas de supports de communication dédiés à l'exception de ceux réalisés par un opérateur externe (Les buissonnières ou les JEP) ou de réalisations ponctuelles à l'instar de cartons d'invitation réalisés en braille par le musée d'Alençon pour une exposition sur la dentelle.
Affiche Journées européennes du patrimoine 2009
Les organismes représentant les usagers handicapés et les associations œuvrant dans ce secteur en région sont méconnus des professionnels des musées qui ont pourtant besoin de mieux identifier leurs interlocuteurs.
La charte rappelle les fondamentaux d'une bonne stratégie de communication. Elle insiste sur la formation des personnels et sur les partenariats qui garantissent l'efficacité des mesures mises en œuvre.
En matière de formation peu d'équipements (8) ont véritablement engagé une démarche. Un personnel peut avoir été formé de sa propre initiative. Certains responsables ont assisté à des temps d'information assez généraux sur la question de l'accessibilité organisés par les services de l'État ou à l'échelon national dans le cadre d'un colloque. L'accès à la formation procède le plus souvent d'une démarche individuelle et ne concourt donc pas à une appropriation dynamique et collective. Rares sont les équipes qui ont fait appel au dispositif mis en place dans le cadre du comité local interconsulaire (CLIC). Celui-ci n'est pas toujours connu. Pourtant le besoin en formation est généralement évoqué quel que soit le personnel interrogé.
Concernant la mise en place de partenariats, les musées méconnaissent les ressources ou les interlocuteurs privilégiés à contacter en matière de handicap. Les maisons départementales pour les personnes handicapées (MDPH) ne sont pas identifiées comme des ressources potentielles ou des cibles de communication.
Les responsables de musées rencontrés lors de l'enquête semblent lucides sur la situation de leurs équipements. Certains s'inquiètent de la réflexion à engager et des travaux à accomplir pour satisfaire aux exigences de la loi. La représentation du handicap est contrastée selon les personnels. Elle est le plus souvent floue et parcellaire. Peu d'élus ou de représentants des collectivités ont été rencontrés lors de l'enquête. Mais les quelques entretiens réalisés avec les collectivités ont montré un intérêt inégal pour la problématique de l'accessibilité. L'enjeu du renforcement de l'attractivité du site, du développement de l'offre touristique, qui est fréquemment mis en avant dans les documents de politique d'aménagement du territoire, est encore très rarement relié à la question de l'accessibilité.
Sur l'ensemble des personnes interrogées, y compris les professionnels des musées, des positions différentes se dégagent : attentisme, pragmatisme (fréquent) ou hostilité (rare).
Les conditions identifiées par les responsables de musées pour favoriser la démarche sont les moyens humains et financiers. La présence d'un personnel professionnel formé à la médiation culturelle ainsi que l'existence d'un service des publics est une priorité pour eux. La plupart des responsables considèrent que l'accessibilité ne doit pas être traitée de manière « pointilliste ».
Sujet à part entière, l'accessibilité des musées aux personnes handicapées mobilise presque toutes les fonctions des établissements, que ce soit l'accueil, la muséographie, la communication, la médiation, l'inventaire.
Les responsables qui ont le plus réfléchi à la question pressentent l'intérêt de l'action en faveur des publics handicapés et le caractère transférable de l'expérimentation vers d'autres publics comme le public jeune ou le public familial.
Les marges de progrès résident à la fois dans la volonté politique de la collectivité et dans l'inscription de l'enjeu de l'accessibilité dans le projet scientifique et culturel du musée.
Au plan plus pratique, les progrès reposent sur la capacité à hiérarchiser les difficultés, à distinguer ce qui peut être traité sans frais et ponctuellement et ce qui engage un remaniement du bâti ou des modes de fonctionnement.
La démarche vers la mise en conformité doit être envisagée dans la durée selon un calendrier permettant de distinguer plusieurs étapes. Le suivi et l'évaluation doivent s'inscrire au coeur de la démarche. Un référent sur le site doit être identifié car la coordination est primordiale pour animer la relation avec les techniciens, les prestataires extérieurs et les usagers.
Le lien avec les représentants des usagers handicapés, très faiblement observé dans l'enquête, est une excellente piste pour faire avancer la démarche. Cette relation permet de valider les propositions de travaux ou d'expérimenter une action culturelle spécifique grâce à la pertinence du regard de ses représentants.
Favoriser la désignation de personnel référent dans le but de coordonner une approche culturelle de l'accessibilité au sein du musée.
Organiser des échanges entre professionnels pour mutualiser l'expérience.
Réunir et diffuser des ressources sur les outils techniques, les prestataires spécialisés, les représentants des usagers.
Proposer des formations alliant théorie et pratique.
Cédérom réalisé par la direction régionale des affaires culturelles de Basse-Normandie
(02 31 38 39 40 / www.basse-normandie.culture.gouv.fr)